Ça
va ! Il n’y en a pas de toxiques !

 La
musique, pour moi, c’est un truc qui passe par les oreilles, mais pas que, et
qui fait vibrer, planer et rêver le cerveau et tout le
  corps.

Elle
emmène quelque part dans la noosphère (ce truc ou tout ce qui existe : pense) au
contact des éléments qui vibrent et tout vibre dans ce bas
monde jusqu’aux ondes gravitationnelles, nous dit-on, c’est dire le voyage.

 Cela
dit, il faut aussi que cette musique pénètre les oreilles et ça
  nécessite pour les écoutants, d’y apporter un
peu d’attention puis de se faire emmener petit à petit par le morceau, ou de se
faire capter par un timbre particulier ou un groove d’enfer, ou encore de se
brancher d’emblée sur l’interprétation, si personnelle…

 Et
nous voila dans la transmission musicale.

 Si
la partition du compositeur, c’est le vase, l’instrument, c’est l’eau et la
sensibilité de l’interprète, les fleurs !

 La
sensibilité, c’est bien beau mais, sans la pratique nickel de l’instrument, y
compris dans toutes les fantaisies qu’on peut lui demander,
 ça ne passera pas de même sans les bases
musicales pour caler parfaitement le morceau tel qu’il est écrit,
 toujours de même, sans bosser dessus pour que
le cerveau, les mains, les oreilles et tout le corps soient possédés par le
morceau impossible de s’exprimer.

 En
effet, une interprétation, ce n’est pas seulement une traduction « à sa
sauce » selon sa personnalité et les sensations du moment
  des notes écrites, plus ou moins modifiées,
accompagnées de quelques effets plus ou moins répétitifs.

Certes,
ces adaptations caractérisent l’interprète, mais constituent le préambule à la
transmission pleine.

 M’est
avis donc, que la sensibilité commence à pouvoir s’exprimer au-delà de la
technique impeccable.

Elle
s’établit à partir de la pénétration du morceau dans l’émotion de l’interprète
et se manifeste par les tout petits riens que la partition lui laisse, une bricole
de nuance ici, une image de vibration par là, un souffle, une épure, une vapeur
d’effet, un sentiment, tout au plus une queue de croche un peu plissée, un
accent aigu ou grave sur un temps voyelle, une fugace image en couleur …

Tout
cela au bon endroit, au bon moment, et ça peut se répéter si c’est opportun.

 Face
au public, le temps se dilate et on perçoit toutes les sonorités comme dans un
film au ralenti, vraiment toutes, comme sur un
 
écran qui s’étend et on sent les émotions que les écoutants renvoient,
les bulles d’impalpable qui, aussi, modifient le jeu, imperceptiblement.

Ajoutées
au trac qui nous a taraudé tout l’après-midi, c’est super jouissif.

 Ça
m’est arrivé plus ou moins une fois seulement.

 Invité
impromptu et pratiquement à la dernière minute pour participer à un concert de
quasi-pros du clavier, profs de musique et tout et tout, pour une démonstration
d’harmonicas, j’avais, pendant les quelques jours disponibles, bossé le morceau
par petits bouts, bossé l’instrument, révisé les effets praticables au petit
poil, interrogé le compositeur même défunt et réduit drastiquement mon régime
alimentaire.

Ce
fut pire encore qu’imaginé.

Je
me suis retrouvé dans cette église grande comme une cathédrale avec des sons
qui reviennent de partout, seul au milieu de rien.

Et
ce fut plus stressant encore quand j’ai appris que l’équipe technique :
sonoriste, vidéaste, cameraman, éclairagiste, que j’avais pourtant  pris grand soin de saluer avec respect,
étaient surtout les techniciens habituels d’une célèbre émission de télévision
nationalement diffusée.

J’ai
alors senti ma casquette s’enfoncer sur mes yeux. La claque ! Qu’est-on
venu faire sur cette terre ? C’était le bon endroit pour se poser la
question !

Et
pourtant, j’avais bien respecté le code de la route en venant !

 Une
église chargée d’écoutants ajoutés à 80 choristes, pour l’instant
  silencieux.

Quelle
aventure !

Et,
dès la première note, le temps s’est dilaté, tous les détails des sons émis et
aussi des retours, y compris les toux étouffées 
sont devenus perceptibles, jusqu’au geste fugace qui tourne légèrement
un bouton au pupitre sono, jusqu’au pouce du chef de spectacle qui s’élève
discrètement sur un clin d’œil complice à la presque fin du morceau, jusqu’à
ces trois secondes de silence qui marquent la vraie fin.

Je
l’ai fait ! Oubliés le travail et les tensions, le trac et l’intestin
totalement grêle.

 Petit
moment et inoubliable souvenir.

 C’est
sûr que beaucoup peuvent faire beaucoup mieux mais, c’était bon pour moi, on
n’est pas des pros non plus !

   

Amis
harmonicistes, si je ne peux rien, et c’est heureux, pour votre sensibilité, je
vous envoie pour bosser : 100 décibels sous 220 volts.

 

Harmonicalement.

Article : François BOCCIARELI

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